Pourquoi porter un skin?

Un skin cherche d’abord à réduire ce qui ralentit le nageur. Le tissu absorbe peu d’eau, sa surface est conçue pour être hydrophobe et sa compression maintient le corps plus fermement qu’un maillot d’entraînement.

L’effet existe, même s’il ne faut pas lui prêter des pouvoirs magiques. Dans une étude menée auprès de 12 nageurs universitaires entraînés sur un 25 m crawl maximal, la vitesse moyenne est passée de 1,74 m/s avec un maillot conventionnel à 1,77 m/s avec un jammer de compétition, soit environ 1,7 %. La distance parcourue par mouvement était également légèrement supérieure.

L’échantillon est petit, masculin et limité à un sprint très court. Ce n’est donc pas une promesse de gagner 1,7 % sur toutes les courses. C’est plutôt une indication mesurable qu’un skin bien ajusté peut améliorer légèrement la performance.

Moriyama S-I, Mankyu H, Tsunokawa T, Kurono T, Mizukoshi H, Ogita F. Does a jammer-type racing swimsuit improve sprint performance during maximal front-crawl swimming? Sports Biomechanics. 2024;23(5):611–623. DOI: 10.1080/14763141.2021.1878263.

Le petit code qui compte

En compétition, il faut vérifier que le modèle est approuvé par World Aquatics lorsque le règlement de la rencontre l’exige.

Sur plusieurs modèles récents, l’étiquette d’homologation comporte un QR code et un numéro de référence. Le QR permet de vérifier rapidement le modèle; le numéro peut aussi être recherché dans la base officielle de World Aquatics.

Le QR ci-contre ouvre directement cette base. C’est un raccourci SwimQuest vers l’outil officiel, pas le code propre à ton maillot.

Pour les hommes, le maillot ne peut pas monter au-dessus du nombril ni descendre sous le genou. Pour les femmes, il ne peut pas couvrir le cou, dépasser les épaules ni descendre sous le genou.

On voit parfois passer des règles américaines qui limitent certains tech suits chez les 12 ans et moins. Elles appartiennent à USA Swimming et ne s’appliquent pas automatiquement au Québec.

Image
QR code vers la base officielle des maillots homologués World Aquatics.

Source

Speedo, Arena, TYR, Funkita…

Les grandes marques ont chacune leur gamme. Speedo propose notamment les Fastskin LZR Pure Intent 2.0 et Pure Valor 2.0. Arena décline sa famille Powerskin du ST Next jusqu’aux Carbon Air², Carbon Glide, Carbon Core FX et Primo. TYR mise entre autres sur les Venzo et Avictor. Funkita et Funky Trunks ont leur APEX. Mizuno, FINIS et Jaked occupent aussi une partie du marché.

Le plus cher n’est pas automatiquement le meilleur choix pour chaque nageur. Deux skins homologués peuvent offrir des sensations très différentes au niveau des hanches, des cuisses, des épaules ou de la compression générale. La coupe et le confort en position de nage comptent beaucoup.

Comment magasiner?

Si c’est possible, essaie le modèle avant de l’acheter. Les guides de tailles sont utiles, mais ils ne remplacent pas complètement l’essayage. Il ne faut surtout pas choisir automatiquement une taille plus petite simplement parce qu’un skin est censé être serré.

Pour un premier achat, les modèles d’entrée ou de milieu de gamme sont souvent suffisants. Un modèle de l’année précédente peut aussi être une très bonne affaire s’il est encore homologué et offert dans la bonne taille.

L’usagé peut réduire la facture, mais il faut être prudent. Un skin qui a beaucoup servi peut avoir perdu une partie de sa compression ou avoir été endommagé en l’enfilant.

Il faut aussi réussir à le mettre

La première fois, prévois facilement 20 à 30 minutes. Le nageur et le maillot doivent être secs. Retire bijoux et montre, puis fais attention aux ongles.

On remonte le tissu progressivement, quelques centimètres à la fois, plutôt que de tirer sur la taille. Il faut d’abord bien placer les genoux, puis l’entrejambe et les hanches. Si le tissu est encore trop bas à un endroit, inutile de tirer comme un malade sur le haut : il faut reprendre plus bas et répartir la tension.

Petit truc : essayer avec des gants de vaisselle ou, mieux, des gants de soie. Ça réduit le risque d’accrocher le tissu avec les ongles.

Pour un kneeskin, les bretelles viennent à la fin, une fois le bas correctement placé. Et surtout, mieux vaut faire un essai à la maison avant la compétition que découvrir la procédure quinze minutes avant sa course.

Combien de temps le porter?

Pas plus longtemps que nécessaire. Fais ton échauffement avec ton maillot habituel, sèche-toi, puis enfile le skin avant la course.

Si tes épreuves sont rapprochées, garde-le. Si tu as quelques heures devant toi, enlève-le. Le chlore use le tissu, mais l’enlever et le remettre plusieurs fois dans la même session n’aide pas non plus.

Après ta dernière course, rince-le à l’eau froide et laisse-le sécher à plat.

Combien de compétitions avant qu’il soit usé?

Un skin s’use assez vite, surtout les modèles très compressifs. Avec le temps, il serre moins, le tissu se détend et l’eau perle moins bien à sa surface.

Impossible de donner un nombre précis de compétitions. Selon le modèle, l’utilisation et l’entretien, certains nageurs réservent leur meilleur skin à quelques compétitions importantes alors que d’autres utilisent le même pendant toute une saison.

S’il devient beaucoup plus facile à enfiler, qu’il commence à plisser une fois porté ou que la compression n’est clairement plus la même, il a probablement perdu une partie de son efficacité.

Rome 2009 et la folie des supersuits

À la fin des années 2000, la course à la technologie est allée beaucoup plus loin. Des combinaisons couvrant une grande partie du corps utilisaient des matériaux synthétiques à très faible perméabilité, dont du polyuréthane.

Aux Championnats du monde de Rome en 2009, 43 records du monde sont tombés en huit jours. César Cielo a nagé le 100 m libre en 46,91 secondes avec une Arena X-Glide. Son record a tenu plus de 13 ans.

La FINA a ensuite revu des centaines de modèles et resserré ses règles, notamment sur les matériaux, l’épaisseur, la flottabilité et l’air pouvant être emprisonné dans la combinaison. À partir de 2010, les maillots doivent revenir au textile et leur couverture est fortement limitée.

Les combinaisons intégrales disparaissent. Le skin moderne, beaucoup plus encadré, prend leur place.

Image
César Cielo portant une combinaison Arena X-Glide en 2009.

Credit: myuzeme License: CC BY-SA 2.0

À 10, 11 ou 12 ans : « Moi aussi, je veux un skin »

Les plus jeunes voient les nageurs plus âgés arriver aux compétitions avec leur skin. Il est assez normal qu’ils aient envie d’essayer eux aussi.

Dépenser 600 $ pour un nageur de 10 ou 11 ans n’a généralement pas beaucoup de sens. Ça ne veut pas dire qu’il faut nécessairement attendre plusieurs années. Un modèle d’entrée de gamme permet déjà de découvrir la compression, l’ajustement et le rituel particulier du skin.

Il y a aussi une dimension psychologique. Un nageur qui enfile son skin et se sent plus rapide arrive derrière le bloc avec cette conviction. Il est difficile de séparer précisément l’effet du maillot, celui du rituel et celui des attentes du nageur. Si une partie de l’effet vient de sa tête, la course, elle, est bien réelle.

Un modèle homologué autour de 100 à 200 $ peut donc être tout à fait raisonnable, particulièrement si le jeune nageur participe déjà à des compétitions où il a envie de l’utiliser.

Il faut simplement garder en tête qu’à cet âge, la croissance peut transformer rapidement un skin parfaitement ajusté en maillot trop petit.

Pour un premier skin : conforme, bien ajusté, dans le budget, et pas trop cher à remplacer après une poussée de croissance.